Le Paludisme : fléau de l’humanité

ou Malaria, Palu, Fièvre des Marais

Ancienne affiche de propagande contre le Paludisme au Japon

"Fléau" n'est pas un terme trop fort pour qualifier le Paludisme.

Le paludisme existe depuis plus de 50 000 ans. Il est considéré comme l’une des maladies les plus mortelles de l’histoire de l’humanité. Une théorie voudrait que le paludisme ait décimé la moitié de l’humanité depuis son apparition...

Le Plasmodium Falciparum

Plasmodium Falciparum

Le paludisme est une maladie infectieuse virale due à des parasites du genre Plasmodium.

Le parasite Plasmodium est découvert dans le sang des malades en 1880, par Alphonse Laveran, qui obtiendra le prix Nobel en 1907 « en reconnaissance de son travail sur le rôle joué par le protozoaire dans la cause des maladies ».

Le parasite se présente sous la forme d’un protozoaire de 1 à 2 µm constitué d’un cytoplasme bleu pâle entourant une vésicule nutritive de teinte claire, et contenant un noyau rouge légérement doré à brun.

Ce parasite se transmet à l’homme par la morsure d’une trentaine de représentantes femelles de l’espèce des moustiques Anopheles à paludisme, principal moustique du paludisme. Elles piquent toutes la nuit, avec une préférence pour les victimes humaines. On associe rarement moustique tigre et paludisme.

Il existe5 types de parasites Plasmodium (ici, par ordre de dangerosité) :

  • 1
    Plasmodium falciparum
    C’est le parasite du paludisme le plus répandu sur le continent africain, qui est responsable de la plupart des cas mortels dans le monde. Mais le pathogène est également présent dans les zones tropicales d’Amérique Latine et d’Asie.
  • 2
    Plasmodium vivax
    Hors d’Afrique, ce parasite est le responsable de la malaria, en particulier dans les régions tempérées.
  • 3
    Plasmodium ovale
    N’est retrouvé qu’en Afrique noire (Afrique de l’Ouest). Il a tendance à être moins mortel, mais engendrer davantage de rechutes.
  • 4
    Plasmodium malariae
    Plus rare que les espèces précédentes, bien que très étalé géographiquement. Ce parasite n’est pas mortel, mais peut entraîner des rechutes 20 ans après la primo-infection.

Cycle du parasite

Cycle parasite paludisme

La femelle injecte à l’humain le parasite sous forme de « sporozoïte », qui migre par le sang vers le foie et les cellules hépatiques ou il se multiplie et donne naissance à des dizaines de milliers de nouveaux parasites : les « mérozoïtes ».

La cellule du foie éclate en libérant les parasites dans les globules rouges, qui éclatent de nouveau. Des parasites mâles et femelles (gamétocytes) sont formés à l’intérieur des globules rouges et engendrent un zygote qui va être de nouveau aspiré par le moustique et un nouveau cycle parasitaire peut alors commencer.

C’est une véritable technique de cheval de Troie.

Dans le corps humain, les parasites logés dans le foie peuvent rester en dormance plusieurs mois avant d’attaquer les cellules sanguines et de déclencher chez le porteur les symptômes du paludisme.

Le paludisme n’est pas contagieux, mais peut se transmettre entre humains, par contamination entre une femme enceinte et son fœtus par voie placentaire, par transfusion sanguine, par transplantation d’organes ou partage de seringues contaminées.

Dangerosité

En 1990 le paludisme faisait un mort toutes les 30 secondes.
En 2019 le taux de mortalité a chuté à 15 %, mais fait toujours 1 million de morts par an.

Statut et Activité de la maladie

Actif - Très répandu.
C’est la maladie parasitaire la plus répandue dans le monde.

Cas déclarés

200 millions de cas par an
( De nombreux cas ne sont pas documentés.)

Principales épidémies enregistrées

Épidémies les plus récentes, en dehors des zones endémiques :

  • Europe (XIXe siècle)
  • Grèce (2016)

Origines et zones de Paludisme

  • L’Afrique (Afrique subsaharienne, Afrique de l’Est, Afrique équatoriale) concentre 90 % des cas de paludisme et des décès liés à la maladie dans le monde.
  • En Asie, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines et le bassin du Mékong sont également des zones endémiques de palu. Le paludisme en Thaïlande est également actif.
  • Les Antilles et l’Amérique du Sud (zone amazonienne) sont également touchées.
  • Le Moyen-Orient est lui aussi affecté.
  • Il existe des cas encore trop nombreux de moustiques à paludisme en France ou dits « cas d’aéroports » (moustique transporté dans la soute à bagages d’un avion en provenance d’un pays tropical, cas observé dans les régions du monde non endémiques). En Europe, qui se croyait épargnée depuis le XIXe siècle, la Grèce a subi de plein fouet une grosse épidémie en 2016.
Zone à risque paludisme

Presque la moitié de la population mondiale dans 91 pays est exposée au risque de paludisme de manière continue.

Les symptômes du paludisme

  • Incubation 
    10-15 jours à plusieurs semaines.
    Il existe ensuite 3 scénarios de paludisme :
  • 1 - ACCÈS PALUSTRE
  • Apparence grippale
    Fatigue généralisée
    Fièvre
    Tremblements
    Perte d’appétit
    Vertiges
    Céphalées
    Sudation
  • Troubles digestifs
    Nausées
    Vomissements
    Douleurs abdominales
    Diarrhée
  • 2 - NEUROPALUDISME / PALUDISME GRAVE / PALUDISME CÉRÉBRAL
    Il est mortel dans la plupart des cas et intervient lorsque les parasites atteignentle système nerveux central, le foie et les reins.
  • Complications liées au Neuropaludisme
    Anémie
    Hémoglobinurie
    Convulsions
    Ictère (jaunisse)
    Troubles de la conscience 
    Atteinte de la fonction rénale
    Troubles neurologiques 
    Œdème pulmonaire 
    Coma

    3 - RÉCIDIVES
    Les récidives surviennent plusieurs années après, lorsque la primo-infection n’a pas été traitée. Les accès (ou crises de paludisme) durent plusieurs heures et se répètent pendant 3 semaines tous les trois ou quatre jours, avant de disparaître spontanément.
  • Frissons
    Pics fébriles
    Sueurs abondantes précédant la disparition totale de la fièvre

Paludisme infantile

70 % des décès liés au paludisme surviennent chez les enfants de moins de 5 ans.


paludisme chez enfant
  • Les enfants atteints du paludisme ont parfois une posture anormale en extension (posture opisthotonique), indiquant un paludisme cérébral.
  • Ils souffrent d'une forme d'anémie sévère
  • Suivie de détresse respiratoire consécutive à une acidose métabolique.

Traitement du paludisme

1. Traitement préventif

paludisme
paludisme
paludisme
paludisme

Affiches historiques de prévention du Paludisme à travers l'histoire

Tout traitement du palu doit être précédé d’un diagnostic appuyé par des examens microscopiques de recherche des parasites. Sur place dans les zones épidémiques, les équipes soignantes disposent de tests en bandelettes.

diagnostic paludisme


Cette précaution s’explique par la résistance du plasmodium aux antipaludiques (en raison de mutations génétiques) qui ralentit la lutte antipaludique dans les régions endémiques depuis des années.

Il est dangereux de se rendre en zone paludique sans traitement préventif prescrit par un médecin qui tiendra compte des antécédents pour chaque cas, en particulier pour les enfants et les femmes enceintes.

À noter que les médicaments antipaludiques ne sont pas la garantie d’une protection absolue : la lutte anti vectorielle et la protection individuelle contre les moustiques restent de mise.

De plus, les effets secondaires ne sont pas sans danger et des réactions peuvent se produire : on se souvient du chanteur Stromae, malade non pas du paludisme, mais d’un traitement préventif (Lariam), avant qu'il ne se rende au Congo, qui a eu de graves conséquences sur sa santé.

Consultez toujours un médecin avant d'entamer 
un traitement préventif anti palu.

2. Traitement symptômatique

symptomes paludisme

Le traitement curatif du paludisme est assuré par l’artemisine (extraite de l’armoise), plus chère que les antipaludiques précédents, elle a remplacé la chloroquine et la quinine, longtemps utilisée, mais d’une efficacité limitée dans le temps.

question

Quinine : le premier antipaludique

quinine paludisme

La quinine est un alcaloïde naturel anti paludisme, antipyrétique et analgésique. Elle est extraite du quinquina (rouge ou jaune), un arbuste originaire de la Cordillère des Andes.

Avant d’être supplantée par de nouveaux antipaludiques, l’écorce du quinquina a été utilisée, importée par les jésuites dès le XVIe siècle, pour guérir « la fièvre tierce » (probablement le paludisme), qui faisait des ravages dans la campagne italienne.

En 1672, Robert Talbor, qui avait guéri le fils de Louis XIV, le Dauphin, en lui administrant de fortes doses d’écorce de quinquina, met en garde contre ses effets dangereux lorsqu’elle est mal dosée ou administrée. Malgré des polémiques ayant duré des siècles, la quinine reste longtemps largement utilisé en médecine pour soigner les fièvres. À ce jour, la quinine fait toujours partie de la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la Santé.

Ce n’est qu’en 1820 qu’on parvient à extraire les principes actifs de l’écorce de quinquina. Débute alors l’extraction pharmaceutique à grande échelle de la quinine, qui devient une ressource d’importance, notamment pendant les grandes guerres en Europe, Asie, Afrique et Amériques..

La quinine a été le premier médicament efficace contre le paludisme, contre les formes précoces du parasite, en inhibant les acides aminés de l’hémoglobine dont a besoin le parasite et en empêchant la reproduction des plasmodiums.

Cependant, elle est toxique pour le système nerveux et certaines personnes réagissent très mal à la quinine et font des thromboses en cas de surdosage.  C'est pourquoi on a fini progressivement par la remplacer par la méfloquine et l’artémisinine, entre autres.

La quinine est également un composant aromatique des boissons « tonics » ou bitters (Schweppes, Canada Dry…) : le goût amer de la quinine utilisée par les colons britanniques contre le paludisme les inspire à la mélanger avec du gin, créant ainsi le cocktail gin tonic. On continue de l’utiliser dans les eaux « tonics », mais au quart de la dose employée à l’époque.

La cure antipaludique se fait en association avec d’autres médicaments. Si le parasite résite à la quinine et à la chloroquine, on utilise la méfloquine, etc.

Les principales toxines (pour tuer le parasite) utilisées sont donc :

  •  artémisine,
  • chloroquine,
  • méfloquine,
  • halofantrine,
  •  quinine,
  • pyriméthamine,
  • proguanil 
  • sulfadoxine
  • La doxycycline contre le paludisme est utilisée comme antibiotique.

Mais le Plasmodium Falciparum peut résister à la prophylaxie, en particulier dans les zones endémiques anciennes. On traitera alors les symptômes.

Dans une situation d’accès pernicieux, le traitement se fait aux services d’urgence d’un hôpital, et l’urgence est considérée vitale, car un mauvais traitement pourrait aboutir à une complication et significativement augmenter le risque mortel.

3. Vaccin

Plusieurs vaccins sont en phases soit d’expérimentation, soit d’approbation. La difficulté vient de la diversité des souches parasitaires, du cycle parasitaire et de sa réponse immunologique.

Chaque stade du cycle produisant un parasite d’une forme différente, donc porteur d’antigènes différents, le vaccin du paludisme est compliqué à mettre au point.

Le RTS, S/AS01 (RTS, S), ou MosquirixTM, est un vaccin juvénile (puisque c'est parmi les enfants que le Paludisme fait le plus de victimes) contre le paludisme. Il est en cours d’évaluation en Afrique subsaharienne, en tant qu’outil complémentaire (et non unique) de la lutte antipaludique.

Vers une éradication du paludisme en 2030 ?

carte paludisme 2030

Face aux multiples résistances parasitaires et à la difficulté d’endiguer le paludisme à l’échelle mondiale, l’OMS et divers grands acteurs de santé internationale, dont l’Institut Pasteur, ont déclaré deux objectifs prioritaires :

 

  1. l’élimination du paludisme dans le bassin du Mékong (2015-2030)
  2.  Malaria Proteases Inhibition (MaPI) 

Tous deux sont menés par un arsenal de plans nationaux, d’orientations techniques, de recherches et de lutte antivectorielle pour riposter face à la résistance à l’artémisinine (ERAR).


Parmi les pistes de recherche, on vise non plus le parasite avéré résistant, mais les protéines nécessaires au parasite pour entrer et sortir des cellules du foie et des globules rouges chez l’Homme.

Par « éradication du paludisme » on entend réduction permanente à zéro de l’incidence mondiale de l’infection causée par les parasites du paludisme humain.

La progression de ces plans dépendra de plusieurs facteurs :

- systèmes de santé nationaux,

- investissements dans la lutte antipaludique,

- déterminants biologiques,

- conditions environnementales,

- réalités sociales, démographiques, politiques et économiques des pays concernés…

Les objectifs sont la réduction de 40 % de l’incidence du paludisme  et des taux de mortalité palustre à l'échelle mondiale d’ici à 2030, l'- élimination du paludisme dans au moins 10 pays d’ici à 2030 et bloquerla réapparition du paludisme dans tous les pays jusqu'ici exempts.

Cela suppose de garantir l’accès universel à la prévention, aux médicaments du paludisme, au diagnostic et au traitement du paludisme, mas aussi d’accélérer les efforts vers l’élimination et vers l’obtention du statut exempt de paludisme et de faire de la surveillance du paludisme une intervention de base.

Depuis 2008, le 25 avril a été décrété Journée mondiale du Paludisme afin de faire prendre conscience de l’effort mondial nécessaire pour lutter efficacement contre cette maladie.

Ces dernières années, le Directeur général de l’OMS a ainsi certifié que 8 pays avaient éliminé le paludisme : les Émirats Arabes Unis (2007), le Maroc (2010), le Turkménistan (2010), l’Arménie (2011), les Maldives (2015), le Sri Lanka (2016), le Kirghizistan (2016) et le Paraguay (2018).


Depuis 2010, la mortalité a baissé de 30 %.

question

FAQ sur le virus


Est-il vrai que les moustiques vecteurs de paludisme résistent aux insecticides ?
Oui et non. La résistance des moustiques vecteurs d’arbovirus a effectivement été constatée ces dernières années, dans de nombreux pays. Parfois même, les moustiques en question résistent aux 4 classes d’insecticides.

Cette résistance engendre de grandes préoccupations en particulier dans les zones endémiques anciennes.

Face à cela, seule la combinaison de mesures de protection collectives et individuelles (démoustication, utilisation de produits individuels, port de vêtements amples, installation de moustiquaires, etc.) pourra venir à bout des moustiques porteurs du palu.

se protéger moustique paludisme

La détection d’une résistance aux insecticides est un aspect primordial de la lutte antipaludique.

On a même un temps étudié la possibilité de créer des moustiques OGM contre le paludisme pour pallier à ce problème.

Peut-on faire confiance aux médicaments antipaludiques vendus sur place dans les pays endémiques ?

Non. L’achat des médicaments à l’étranger comporte des risques. Tout d’abord ils pourraient ne pas être adaptés à votre cas, car seul un médecin pourra vous faire une ordonnance en tenant compte de vos antécédents médicaux et de votre situation.


Ensuite, les médicaments vendus sur place peuvent être de mauvaise qualité, contenir des contaminants, être contrefaits, etc.

Certains de ces médicaments peuvent ne pas être sans risque ou leur sécurité n’a jamais fait l’objet d’évaluation.

Il vaut mieux acheter tous les médicaments dont vous avez besoin avant de partir.

Est-il vrai qu’une fois le paludisme contracté, on est malade toute sa vie ?

Pas obligatoirement. Le paludisme peut être soigné. Si le traitement est bien indiqué et la bonne molécule utilisée, avec le bon dosage et pedant la bonne période, le paludisme peut être complètement éliminé.

Cependant, si les parasites responsables ne sont pas soignés au moment de leur phase de développement dans le foie, ils peuvent se mettre en sommeil et se réactiver des années plus tard, provoquant une rechute après des années sans symptômes.

Les malades reçoivent généralement une prescription pour aider à prévenir ces rechutes.

Certains types de parasites plus rares (P. malariae) peuvent rester dans le sang de certains sujets pendant plusieurs décennies

Peut-on soigner le paludisme avec des médicaments naturels ?

medicament palu

Non. L’Organisation mondiale de la Santé déconseille d’utiliser un traitement naturel seul, ou sous sa forme originelle (artémisine), mais de recourir à la molécule de synthèse couplée avec un médicament.

Même si la plante Artemisia Annua est utilisée en tisane dans la médecine traditionnelle chinoise depuis plus de 2 000 ans (pour combattre la fièvre, repousser les moustiques…) et même si cette plante a démontré ses vertus antipaludiques dans certaines conditions pharmaceutiques, les simples infusions ou gélules d’artémisine ne suffiront pas à prévenir ou guérir le paludisme.

Quelle est la différence entre paludisme et malaria ?

Aucune. Malaria est le nom fréquemment utilisé en anglais pour parler de paludisme. Il vient de l’espagnol « mal aria » (mauvais air) lorsqu’on pensait que la maladie était contractée dans l’environnement néfaste des marécages (on découvrira plus tard la responsabilité des moustiques, peuplant lesdits marécages).

Rappel : le site anti-moustique.net s'efforce de donner les meilleurs informations possibles sur des sujets médicaux. Cependant nous ne donnons pas de conseils médicaux. Un professionnel de santé est mieux à même de vous fournir un avis médical. Pour plus d’informations voir nos CGU.

En savoir plus sur le moustique :


Le Paludisme : fléau de l’humanité
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